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Accueil > Un nouveau procès des OGM : dossier public
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Publié le 22 novembre, 2010 - 10:43 par admin

Dossier public  - UN NOUVEAU « PROCES DES OGM »

L’Association Française des Biotechnologies Végétales, attaquée par un opposant aux OGM, regrette que lui soit imposé un debat judiciaire au lieu d’un débat scientifique.

L’Association Française des Biotechnologies Végétales (AFBV) est attaquée en justice par M. Gilles-Eric Séralini. Cette attaque fait suite à une lettre adressée en janvier 2010 par l’AFBV à France 5 et au Conseil supérieur de l’audiovisuel pour protester contre le fait qu’une émission Santé Magazine diffusée sur France 5 en janvier 2010, consacrée aux organismes génétiquement modifiés, avait donné la parole de manière unilatérale aux thèses de M. Séralini, opposées à cette technologie.

M. Séralini a considéré cette démarche comme diffamatoire à son égard, alors que l’AFBV revendiquait seulement une présentation équilibrée des thèses en présence, condition d’une bonne information du public.

L’AFBV déplore que le recours à des moyens judiciaires l’emporte une nouvelle fois sur la conduite entre scientifiques compétents d’un débat sur une question qui est décisive pour des activités de recherche et des développements économiques dans notre pays.

« Ce qui est en jeu », a déclaré le professeur Marc Fellous, président de l’AFBV, « c’est l’équilibre nécessaire au débat scientifique, la qualité de l’expertise contradictoire au service de décisions éclairées et la bonne information du public trop souvent entretenu dans des peurs sans motif. »

L’information du public doit pouvoir rendre compte du débat scientifique.

Les médias ont un rôle très important à jouer pour une bonne information du public, notamment sur des sujets qui touchent à la santé. France 5 est une des rares chaînes à programmer avec régularité une émission de qualité dans ce domaine. Nous avons trouvé d’autant plus choquant que celle que nous avons critiquée ait produit un reportage aussi déséquilibré sur les OGM.

Notre lettre critiquait l’absence de débat scientifique. Il n’y a rien de personnel contre M. Séralini. Notre lettre rappelle que les travaux de M. Séralini donnent lieu dans les milieux scientifiques à des critiques scientifiques dont l’émission n’a aucunement rendu compte. De sorte que le public n’a eu qu’un seul point de vue.

Les scientifiques savent que toute thèse peut être débattue. M. Séralini ne devrait pas refuser le débat scientifique. Ce n’est pas une affaire personnelle, mais la nature même du débat scientifique.

Les travaux de M. Séralini qui concernent les OGM, ont toujours été contestés par la communauté scientifique. Encore récemment, une publication qu’il a produite à la demande de Greenpeace concernant une aubergine OGM en Inde a été invalidée par la communauté scientifique, dans un rapport sur l’ensemble des cultures OGM préparé conjointement par les six académies scientifiques de l’Inde.

Nous avons écrit à France Télévisions que nous souhaitons un débat entre scientifiques concernés pour faire progresser nos connaissances dans le domaine des biotechnologies végétales et donc pouvoir développer des expérimentations. Et c’est M. Séralini qui considère que cette catégorie l’exclurait. Au contraire, notre demande est que des scientifiques concernés et d’avis différents puissent débattre dans les médias du sujet sur lequel M. Séralini a eu seul la parole dans cette émission.

L’AFBV souhaite une information factuelle et transparente du public sur les biotechnologies végétales.

Notre association a été créée il n’y a pas encore deux ans pour promouvoir la diversité des approches scientifiques sur les biotechnologies végétales. L’AFBV avait tout juste un an quand l’émission de France 5 a eu lieu. Nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour participer à l’instauration d’un débat équilibré dans le public.

La réaction très virulente de M. Séralini à notre lettre de protestation à France 5 nous a fait une publicité plus large et plus forte que nous n’aurions pu la faire avec nos faibles moyens. Il a diffusé depuis mai dernier notre message très largement. C’est une aide involontaire mais bienvenue, même si la méthode judiciaire qu’il a choisie ne nous semble pas adaptée pour éclairer un débat scientifique.

Dans le débat public, la position de M. Séralini est claire. M. Séralini milite en effet contre les plantes génétiquement modifiées par ses écrits et ses interventions dans les médias, ou dans ses cours à l‘Université. C’est connu de tous. Ce n’est pas un reproche. Ce que nous reprochons à l’émission de France 5, c’est d’avoir donné la parole uniquement à une position militante qui est celle que représente M. Séralini contre l’utilisation des OGM dans l’agriculture.

Dans sa position, M. Séralini peut recevoir le soutien de puissantes organisations internationales comme Greenpeace. C’est un fait que d’ailleurs M. Séralini ne cache pas. Il n’y a là aucune accusation de notre part. La transparence des financements est une condition importante pour vérifier l’indépendance de l’expertise. Le Criigen et M. Séralini ne cachent pas du tout que Greenpeace ait contribué à certains de leurs travaux.

Ce que nous disons, et M. Séralini dit la même chose, c’est que le financement de l’expert peut engendrer un soupçon quant à l’indépendance de son expertise. Ce qui est vrai pour des financements par des acteurs économiques l’est aussi pour des financements par des organisations militantes d’une cause. De ce point de vue, les expertises de M. Séralini ne peuvent pas être considérées comme plus indépendantes que celles des experts qu’il récuse. D’ailleurs, le site du Criigen précise bien que cette organisation est « indépendante des sociétés de biotechnologies » mais ne prétend pas être absolument indépendante Ce que les financements peuvent mettre en cause, c’est l’indépendance de l’expert. Ce n’est pas la même chose que la compétence du chercheur. Un chercheur compétent peut ne pas être un expert indépendant. La compétence et l’indépendance ne sont pas de même nature.

L’AFBV veille à l’indépendance de ses actions sur toutes les biotechnologies végétales par la diversité des points de vue de ses membres et la maîtrise de ses ressources.

Les membres de l’AFBV sont préoccupés par la recherche scientifique en biotechnologies végétales. Les OGM ne sont qu’une application parmi d’autres des biotechnologies. A ce titre, nous ne sommes ni pour ni contre les OGM en soi. D’ailleurs, dire une généralité comme « les OGM », c’est comme dire « les Français ». C’est un amalgame de toutes sortes de réalités individuelles. Il peut y avoir de bons et de mauvais OGM. Il faut les évaluer au cas pas cas. Et c’est toujours comme cela que nous raisonnons.

Ce qui nous anime, c’est de sortir de la confrontation « pour » ou « contre » sur des généralités pour regarder ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas encore, et ce qu’est la réalité des bénéfices et des risques des biotechnologies végétales dans leurs divers aspects.

La confrontation « pour » ou « contre » les OGM a complètement oblitéré la possibilité de traiter la question des biotechnologies végétales de manière sereine. C’est devenu un débat partisan, idéologique.

C’est de cette confrontation idéologique que nous espérons contribuer à sortir le débat scientifique. Mais c’est vrai que c’est plus facile de militer « pour » ou « contre » des généralités que d’engager un débat qui sépare clairement ce qui relève des questions scientifiques et technologiques et ce qui relève des choix de société.

C’est en ayant une palette très large de membres d’horizons très divers qu’on peut construire un point de vue indépendant. Parmi les personnes membres il y a des chercheurs spécialistes des biotechnologies mais aussi des médecins, des ingénieurs agronomes, des philosophes, des économistes, des fonctionnaires, des cadres de l’industrie, des responsables agricoles, des agriculteurs, etc, bref des représentants de la variété de la société civile.

Si nous avions des membres d’un seul bord, comme c’est le cas pour les associations « pour » ou « contre », nous ne pourrions pas aboutir à un point de vue indépendant.

Nous avons deux préoccupations : la qualité du débat public sur les biotechnologies végétales, et l’état de la recherche dans ce domaine.

Notre association sans but lucratif est financée par les cotisations de ses membres qui sont uniquement des personnes physiques, ainsi que par des dons de personnes physiques qui sont plafonnés à un maximum de 5 000 euros pour préserver notre indépendance. Pour donner une idée de nos moyens financiers notre budget 2009 s’élevait à 15 000 euros. C’est le niveau de nos budgets annuels.

Lorsque des dépenses exceptionnelles sont identifiées, comme c'est le cas du procès qui nous est intenté, des ressources supplémentaires peuvent être mobilisées par la publication et la vente d'ouvrages de vulgarisation scientifique.

Les enjeux du débat sont cruciaux

Nous avons constaté que le vrai débat avait été occulté par des campagnes puissantes jouant sur des peurs, empêchant toute autre expression que celle d’un rejet en bloc autour du seul terme « OGM ». Aujourd’hui, ce terme a perdu tout rapport à une réalité objective pour n’être plus qu’un signe de ralliement hostile. C’est un mythe moderne.

En tant qu’AFBV d’une part nous analysons les conditions d’existence de ce mythe, mais par ailleurs nous devons contribuer à « démythifier » cette croyance dans le caractère « maléfique » « des OGM ».

En outre, nous constatons que ce climat agressif contre la recherche en biotechnologies végétales en France et ses applications a graduellement, (depuis bientôt 15 ans que les attaques systématiques ont lieu, y compris physiquement), conduit à délocaliser des laboratoires français, expatrier des chercheurs, et tarir les recrutements dans ce domaine.

Jusqu’à la fin des années 90 les laboratoires français se situaient en effet au meilleur niveau scientifique ; ils ont aujourd’hui pratiquement disparu. Notre pays est, de ce fait, progressivement en train de perdre ses compétences et, donc, de perdre pied dans la concurrence internationale pour la production de technologies susceptibles d’aider au développement de l’agriculture.

En même temps, il faut avoir à l’esprit que la Chine va investir 10 milliards de dollars sur 10 ans dans la recherche publique sur les biotechnologies végétales, ce à quoi il faudrait ajouter les investissements considérables de la recherche privée. En comparaison, la France a renoncé à investir 1 milliard sur 10 ans dans ce même secteur (proposition Juppé Rocard dans le Grand emprunt) et se contente de moins de 50 millions d’euros !

Enfin, il faut rappeler que l’acte fondateur des « faucheurs volontaires » a été la destruction d’un laboratoire public du CIRAD, centre de recherche agronomique pour le développement. Il s’est poursuivi récemment par la destruction d’une expérimentation publique de l’INRA à Colmar, sur la vigne.

Du point de vue de la qualité du débat public, comme du point de vue de l’état de la recherche en France, nous avons pensé que mettre en commun dans une association des compétences et de la bonne volonté pouvait peut-être contribuer à faire évoluer la situation dans le bon sens : celui qui va vers le débat scientifique au lieu de l’invective et de la judiciarisation.

 Paris le 15 Novembre 2010

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