Géopolitique, agriculture et biotechnologies

Editos

En ce début d’année 2026, le tableau géopolitique apparaît profondément instable, les conflits armés ou hybrides s’intensifiant sans résolution (Gaza, Iran, Ukraine, Venezuela, Russie), maintenant une incertitude durable sur les approvisionnements énergétiques et alimentaires. Les dissonances stratégiques entre pays alliés et grands partenaires commerciaux oscillent entre coopération fragile et escalade, rendant les règles du commerce imprévisibles. Les attaques sur voies maritimes, les survols et cyberattaques incessants visant infrastructures, entreprises et services de l’état ajoutent des interruptions logistiques soudaines, piratages de données et autres risques numériques. Ces phénomènes entraînent des effets en cascade pour les marchés et les chaînes d’approvisionnement. Enfin, le changement climatique dont les effets (phénomènes extrêmes, pertes de récoltes) alimentent des tensions sociales et demandent des choix politiques courageux et urgents. Ces bouleversements pèsent lourdement sur nos campagnes, renchérissant les intrants et créant de l’incertitude pour toutes les filières. En Europe, l’agriculture cherche à concilier souveraineté alimentaire et transition agroécologique, des objectifs quasi impossibles à atteindre pour les exploitations françaises confrontées à la hausse des coûts, les réglementations les plus strictes de l’UE et les aléas climatiques.

Dans ce contexte troublé, le projet de règlement sur les NTG (Nouvelles Techniques Génomiques), pour lequel nous espérons l’entrée en vigueur cette année, apparaît comme un tournant historique. Associés à d’autres leviers (l’IA en particulier), ces outils vont permettre d’accélérer l’adaptation de nos cultures aux enjeux globaux (changement climatique, transition agroécologique, sécurité alimentaire), tout en revitalisant la compétitivité des sélectionneurs européens tous secteurs confondus.

La version du texte sortie du Trilogue, fruit d’intenses négociations, respecte l’esprit du projet initial, en particulier, son principe fondamental : les plantes NTG-1, considérées comme équivalentes aux plantes conventionnelles, sont exclues de la législation OGM. Ce nouveau texte comprend un volet de mesures pratiques, une première réponse aux inquiétudes manifestées par des PME et petits sélectionneurs sur les risques d’entrave qui pourraient résulter des brevets couvrant des caractères NGT-1. De plus, pour satisfaire le souci du Parlement que les caractères NTG-1 contribuent aux objectifs du Pacte Vert, le texte choisit d’exclure les caractères « tolérance aux herbicides » et « production d’une substance insecticide connue » de la catégorie NTG-1, ceci soulevant de nombreuses questions.

Mais l’innovation, seule, ne suffira pas pour sortir l’agriculture de ses impasses actuelles. L’effort public européen doit accompagner les agriculteurs (soutiens, assurance climatique, politique des prix) pour transformer ces opportunités en bénéfices réels. Les biotechnologies, et tout particulièrement les NTG, peuvent être un levier de résilience aux mains des chercheurs et des sélectionneurs. Elles doivent faire partie d’une stratégie européenne pour une agriculture continuellement durable, intégrant clairement les trois dimensions économique, sociale et environnementale, permettant d’offrir de vraies perspectives pour nos agriculteurs sans laisser aucun territoire au bord du chemin.

En ce début d’année, l’Union européenne se trouve à la croisée des chemins. Souhaitons que l’adoption du Règlement NTG fasse partie de ses choix courageux.