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Avec ses politiques en matière d’OGM, l’Europe se détourne de la science

15/11/2015

Union Européenne

Dans cet article d’opinion, Mark Lynas, Directeur politique de Cornell Alliance for Science à l’Université de Cornell aux États-Unis, note que 17 pays européens ont utilisé les nouvelles règles de l’Union Européenne pour annoncer des interdictions de culture de plantes génétiquement modifiées (GM). « Ces interdictions mettent à nu la réalité inquiétante de la mesure jusqu’où l’Europe est allée pour se dresser contre la science moderne », écrit-il.

« Certes, les interdictions ne s’appliquent pas directement à la recherche scientifique, et quelques pays – menés par l’Angleterre – se sont déclarés ouverts à la culture d’organismes génétiquement modifiés, ou OGM. Mais l’effet paralysant sur la science biotechnologique en Europe sera considérable : pourquoi quelqu’un passerait-il des années à mettre au point des cultures génétiquement modifiées, sachant qu’il est très probable qu’elles soient interdites par un décret gouvernemental ? ». Le secteur de la biotechnologie des cultures en Europe, poursuit Lynas, se meurt. Cependant, déclare-t-il, l’hypocrisie règne, dans la mesure où l’Europe importe pour son industrie du bétail plus de 30 millions de tonnes par an d’aliments pour animaux à base de maïs et de soja, dont la plupart sont génétiquement modifiés. Les agriculteurs européens, soutient Lynas, avec leur rempart de subventions gouvernementales, peuvent probablement se permettre de perdre leur avantage concurrentiel. Mais, suivant la voie de l’UE, aucun pays en Afrique subsaharienne, à l’exception de l’Afrique du Sud, n’autorise actuellement la production de cultures GM. De telles cultures – y compris le maïs résistant à la sécheresse et le manioc résistant aux virus – pourraient améliorer les moyens d’existence des agriculteurs africains les plus pauvres. « Grâce à la Coalition des ignorants de l’Europe », conclut Lynas, « nous assistons à une injustice historique perpétrée par ceux qui sont bien nourris contre ceux qui sont en situation d’insécurité alimentaire. Si la position de l’Europe est adoptée au niveau international, elle risque de marginaliser une technologie d’une importance cruciale que nous devons certainement utiliser si nous voulons que l’humanité se nourrisse de manière durable dans un avenir toujours plus difficile et éprouvant. Je ne peux qu’espérer que les décideurs du continent retrouvent leurs esprits avant qu’il ne soit trop tard ».

 

Source : The New York Times (24 octobre 2015)
Auteur : Mark Lynas